
Voici un article, paru dans le journal « Le soleil » du 24 juillet 1908. Il raconte avec faste la revue militaire présidée par le prince de Galles juste avant la cérémonie de la dédicace des Plaines d’Abraham.
Plus de 18,000 hommes de troupes ont défilé devant le Prince de Galles : marins, fantassins, artilleurs, cavaliers, et dans son ensemble, cette manifestation a été admirablement réussie.
Un temps idéal – le temps du Roi – favorisait cette démonstration.
Dès huit heures et demie, les troupes commencèrent à se diriger vers les plaines d’Abraham. Les marins anglais, puis les marins furent les premiers à arriver. Ils furent les uns et les autres, sur le parcours, l’objet d’enthousiastes ovations. Dès neuf heures, les troupes avaient pris position sur le terrain.
La première était formée des marins français, américains, et de divers corps d’infanterie. Cette ligne s’étendait sur toute la longueur du terrain, et présentait un imposant coup d’œil avec ses uniformes variés, aux couleurs éclatantes sur lesquels jouait le soleil.
La seconde ligne était formée des troupes d’artillerie et de cavalerie. Les uns et les autres étaient formées en masses profondes sur une compagnie de front.
Aucun de ceux qui ont assisté à cette revue n’oubliera le merveilleux spectacle que présentait ce rassemblement de troupes concentrées sur les Plaines d’Abraham…
Les troupes, une fois rendues sur les emplacements, formèrent les faisceaux, et se firent spectatrices intéressées des défilés des autres régiments qui traversaient le terrain, musique en tête. Une ovation fût fait aux Royal Scots par leurs frères d’armes.
Pendant ce temps, les tribunes se remplissaient rapidement, et le coup d’œil de cette foule où se mêlaient agréablement les costumes des officiers avec les toilettes somptueuses des dams, le tout encadré dans une profusion de drapeaux et de banderoles claquant la brise, offrant un spectacle enchanteur.
Au centre des tribunes, et en avant, se dressait le pavillon du Prince., fort gracieusement décoré. Les hôtes de distinction ne tardèrent pas à affluer à cette tribune., et, dès dix heures, lady Grey en fit les honneurs. Nous y avons remarqué l’dmiral Juréguiberry avec son aide de camps, le commandant Lavenir, Sir Frederick Borden, ministre de la milice, en costume officiel, lors Norfolk, M Fairbanks, vice-président des États-Unis, le comte de Loynes, consul général de la France, puis un peu plus tard Sir Wilfrid Laurier dont l’apparition fut le signal de nombreuses acclamations.
Sir Wilfrid était accompagné de lady Laurier. Sir Louis Jetté, gouverneur de la province de Québec, et Lord Strathcona étaient aussi au nombre des invités du Prince.
A dix heures et demi, le Prince de galles, en uniforme de général de l’armée anglaise, arriva sur le terrain, accompagné d’un brillant état-major, et d’une escorte de cavaliers de la Police-montée. Il s’avança aussitôt devant les tribunes. Dès que l’arrivée du Prince fut signalée, on hissa le drapeau royal sur le kiosque d’honneur, les clairons retentirent, les fanfares jouèrent l’hymne royal, et les troupes se mirent sous les armes. Le Prince commença immédiatement la revue. Il était précédé des officiers d’état-major général et des divers aides de camp, ainsi que de l’inspecteur général, et des membres du conseil de la milice.
Le Prince qui montait un magnifique cheval noir, était accompagné de Lord Grey, portant l’uniforme de commandant-en-chef de l’armée canadienne, de lord Roberts, qui tenait en main labâton de maréchal, et du général Pole-Carew. Il était suivi des lords Analy et Dudley, de Sir John Arthur Bigge, de Sir John Hanbury-Williams,
Le Prince passa successivement en revue les divers corps de troupes, saluant les étendards des régiments.
Les musiques militaires jouèrent presque toutes pendant la revue, l’hymne O Canada, qui fût ainsi et définitivement consacré comme le véritable chant national canadien. D’ailleurs, de l’avis de tous, Français, anglais, Américains, comme Canadiens, cet air magnifique est bien digne d’être adopté comme chant national : il est d,une inspiration vraiment grandiose…
Pour illustrer cette page d’histoire voici une photo prise en 1982. Le gouverneur général de l’époque, Ed Schreyer, passe en revue les troupes du Royal 22e régiment lors de « la cérémonie des drapeaux ».